Le Félibrige (Lou Felibrige) ou l'histoire de la langue provençale

Publié le par Interdisciplin'art

 

« Lou Felibrige es establi pèr afreira e empura aquéli que volon sauva la lengo, apara ço que coustituis l’èime naciounau di terro d’O e recouvra si liberta patrialo. Sa doutrino caup dins lis obro de Frederi Mistral e de si disciple ».


Le Félibrige est établi pour rassembler et soutenir la volonté de ceux qui veulent sauver la Langue, protéger tout ce qui constitue l’identité nationale des terres d’Oc  et retrouver ses libertés ancestrales. Sa doctrine est contenue dans les oeuvres de Frédéric Mistral et de ses disciples.

 

[Article 2 du Félibrige]

 

 


A l'origine, le terroir félibréen comprenait les pays de Langue d’Oc recouvrant, environ, 32 départements. Ils étaient divisés en 7 Maintenances correspondant aux grandes régions dialectiques et limitées approximativement comme suit : au Nord, par la Loire, à l’Est, par les Alpes, au Midi par les Pyrénées (les Maintenances d’Auvergne, de Catalogne-Roussillon, de Guyenne-Périgord, de Gascogne-Béarn, du Languedoc, du Limousin, de Provence). 

 

Le travail du Félibre est de conserver et honorer la langue d’Oc et d’étudier et mettre en valeur son histoire. Il a également pour but de faire retrouver l’usage de cette langue aux hommes qui l’ont oubliée, de l’enseigner à ceux qui la méconnaissent, de sauvegarder les us et les coutumes et à faire naître l’amitié tous ceux qui partagent le même idéal national car « Sènso l’amista de que sarié lou mounde ! » (Sans l’amitié que deviendrait le monde !).

 

Les fondateurs du Félibrige sont Frédéric Mistral et Roumanille. Cinq autres se sont ensuite joints à eux : Anselme Mathieu, Jules Giera, Théodore Aubanel, Jean Brunet et Adolphe Tavan. Ces jeunes gens se réunissaient assez fréquemment en Avignon chez les Giéra, dans le Comtat Venaissin où le souvenir de Pétrarque était présent. Ces souvenirs de la poésie italienne et le paysage environnant ont encouragé la renaissance d'une certaine poésie et d'une langue quelque peu oubliée.

 

Le but premier était de créer une association qui aurait la volonté et la compétence de restaurer la langue et la littérature provençales. C'est ainsi qu'est né le félibrige, mot choisi dans le couplet d’une vieille chanson intitulée l’Oraison de St-Anselme avec l'enfant Jésus discutant avec les docteurs de la loi, les sept félibres de la Loi. Or, tout comme les félibres de la Loi,  ils étaient sept et ils voulaient instituer une nouvelle loi en poésie. À partir de ce mot central tout un vocabulaire a été créé par ces félibres : les felibregado étaient leurs fêtes, les felibresso leurs compagnes, les felibrihoun leurs fils.

 

Une fois la dénomination choisie, les buts et les statuts de la nouvelle association de défense et de propagande linguistique et littéraire ont été mis en place : restaurer la langue provençale en lui donnant une orthographe qu’elle avait perdue pendant des siècles. Pour ce faire, ses règles de grammaire que l’usage avait maintenues ont été modifiées et le relevé de son vocabulaire ont été réalisés. Cette langue, restaurée de la sorte, devait être utilisée en poésie et dans une volonté d’instruction avec pour but d'exister dans les écoles et dans tous les actes officiels des terres d'Oc. En 1854, les jeunes félibres dans leur premier statut se contentaient d’écrire : « le félibrige est établi pour conserver toujours à la Provence sa langue, sa couleur, sa liberté, son amour pour sa région et son beau rang d’intelligence ». Cependant, une partie seulement a pu être réalisée par la première génération félibréenne dans l’espace d’un demi siècle. Le reste est resté inscrit au programme des réformes.


Le félibrige était organisé en différentes sections : la science, l’histoire, la musique, la peinture et autres. Mais pour atteindre ces buts il fallait un instrument de communication, un instrument publicitaire, finalement trouvé par Roumanille  : l’Almanach populaire du Midi. Intégralement rédigé en provençal, cet Armana Prouvençau ne se contentait pas d’énumérer les foires, les fêtes, les lunaisons, il recensait aussi  les principales dates de l’histoire de Provence. Son approche était également en partie ludique car il amusait le peuple par des histoires drôles et avait une visée pédagogique en tentant d’instruire, de conserver le passé, et sensibliser à la littérature et  à une poésie issue de ses traditions.

 

Cette tâche devait être pendant cinquante ans celle de Roumanille et de Mistral ; le  libraire et le poète ont travaillé pour leur oeuvre avec à leurs côtés, leurs amis qui donnaient à l’Armana des textes en prose ou en vers qui étaient soigneusement typographiés selon l’orthographe félibréenne, orthographe soigneusement remaniée par Roumanille et Mistral pour rendre leur œuvre plus accessible. Ils ont donc, à l'instar des Italiens et des Espagnols adopté une orthographe phonétique.

 

L’Armana prouvençau parut pour la première en janvier 1855 et n’a depuis cessé de paraître.

 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

livres-etc 15/04/2012 14:06


Ce qui est beau c'est que ca existe encore :)

Interdisciplin'art 15/04/2012 16:23



Oui je trouve aussi . C'est une façon de perpétuer les traditions