Jean Rosen explique l'archéologie des faïences de Nevers et de nos aïeux

Publié le par Interdisciplin'art

 

Le 14 décembre 2011, France Culture a diffusé une interview de Jean Rosen, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de la faïence autour d'un chantier de fouilles notamment le 14 rue du singe qui a permis de sonder les sturctures d'une manufacture (cliquer ici). 

 

Tout à la fois archéologue, historien de l'art, historien, et aucun des trois en même temps, Jean Rosen se définit comme un "historien improbable". Et c'est en tant qu'historien improbable, refusant de rentrer dans une case disciplinaire qu'il aborde la question de la faïence. Intéressé par ces objets depuis son plus jeune âge, il traite la question de tous les côtés afin d'en comprendre la complexité, de circonscrire le sujet et de connaître les tenants et les aboutissants de la question.

 

Dans cette interview, il explique que la faïence nivernaise n'est pas seulement une vitrine mais qu'elle permet d'expliquer les modes de vie, d'augmenter les connaissances que l'on a sur le commerce, les échanges. etc. Pour ce faire, la méthodologie est de croiser, de mettre en complémentarité la vaisselle cassée commune et la vaisselle extraordinaire qui sont les deux versants de la céramique.

 

Il réalise un rapide historique de la faïence en indiquant qu'il s'agit d'une céramique particulièrement opaque inventée vers 800 en Irak et arrivée en France au début du XIIIe siècle (Marseille). Il explique également qu'avec la majolique italienne du XVIe sicèle, les Italiens sont venus en France pour produire (principalement à Lyon). Profitant de cet historique, il rectifie une erreur communément évoquée : Bernard Palissy, explique Jean Rosen, a inventé beaucoup de choses mais pas la faïence. Sa production est réalisée en terre vernissée et non en faïence.

 

C'est à partir de 1585 que Nevers devient un centre important de production de faïence. Dans les premières productions, l'influence italienne se fait sentir. Ce sont des faïences toute blanches et quelques rares faïences décorées à la manière italienne. La clientèle est l'aristocratie de luxe dès l'origine. Entre 1585 et 1642, on assiste à un nombre croissant d'ateliers pour la production de luxe et Nevers devient le premier centre faïencier français et en 1700, on compte dix manufactures dans la ville.

 

L'âge d'Or de Nevers est le XVIIe siècle qui a eu un savoir-faire et des débouchés commerciaux importants permettant la diffusion esthétique de ses productions. Pastorales, chinoiseries et autres décors influencés par la littérature sont repris et transformés par la mode nivernoise qui va voir ses modèles circuler. Le XVIIe siècle est marqué par un certain goût pour l'orientalisme qui transparaît à Nevers avec les faïences à fond bleu (comme on en trouve à Delft).

 

Le rayonnement de la faïence nivernoise dépasse le cadre national, comme l'explique Jean Rosen, et a eu un rôle à jouer dans la conquête des Amériques puisqu'on trouve des objets en faïence dans les Amériques, du Canada aux Antilles.

 

Au milieu du XVIIIe siècle, la faïence nirvenaise est concurrencée par Moustiers et Rouen et l'effet de mode aidant, tous les centres font les mêmes choses en même temps. Et à la fin du siècle des Lumières, la quantité a été privilégiée par rapport à la qualité.

 

Publié dans émissions culturelles

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